La plupart des arguments en faveur de l'infrastructure canadienne se posent une entreprise à la fois. Où se trouvent nos données, quel droit peut les atteindre, que dit le contrat. Ce sont les bonnes questions pour un acheteur, et nous y avons répondu ailleurs. Ce billet en pose une autre. Qu'est-ce que ça coûte au secteur techno canadien, dans son ensemble, que la quasi-totalité de son infrastructure soit louée à un petit nombre d'entreprises étrangères ?
C'est un billet d'opinion. Une dépendance de cette ampleur constitue une exposition stratégique, et non une question de goût. La résidence et la souveraineté sont deux notions distinctes aux conséquences distinctes, et nous les définissons dans résidence ou souveraineté des données. La suite tient ces définitions pour acquises et va au-delà.
Commençons par la part de la pile qui est louée
Le cloud est devenu la façon ordinaire d'exploiter des logiciels au Canada. Dans l'Enquête sur la technologie numérique et l'utilisation d'Internet de 2023 de Statistique Canada, le cloud était la technologie de l'information et des communications la plus couramment utilisée, à 48 % des entreprises, en hausse de trois points par rapport à 2021. Dans le secteur de l'information et de l'industrie culturelle, la proportion atteignait 81 %. C'est le socle sur lequel le secteur construit, et l'essentiel de ce socle est loué à des fournisseurs qui relèvent du droit d'un autre pays.
Le gouvernement fédéral est direct là-dessus. La stratégie nationale d'intelligence artificielle de 2026, L'IA pour tous, constate que la capacité de calcul souveraine du Canada n'en est qu'à ses débuts, ce qui laisse les organisations canadiennes tributaires de fournisseurs étrangers pour l'infrastructure qui soutient de plus en plus l'activité économique, scientifique et publique. Elle note aussi que des entreprises canadiennes conservent des données sensibles dans des juridictions étrangères. C'est la description que le gouvernement fait lui-même de cette dépendance.
Au Canada, le degré de concentration de ces dépenses est estimé plutôt que mesuré officiellement. L'organisme de plaidoyer Canadian Anti-Monopoly Project, dans son rapport Parting Clouds publié en juin 2026, évalue à environ 85 % la part du marché canadien du cloud détenue par Amazon, Microsoft et Alphabet. Le compte rendu public le plus détaillé vient du Royaume-Uni, où l'autorité britannique de la concurrence et des marchés (CMA) a mené une enquête de marché sur les services d'infrastructure cloud. Sa décision finale, publiée en juillet 2025, attribue à AWS et Microsoft une part combinée de 60 à 80 % des dépenses cloud britanniques et conclut que la concurrence n'y fonctionnait pas bien.
Le Royaume-Uni n'est pas le Canada, et ses chiffres ne sont pas les nôtres. Mais les fournisseurs sont les mêmes entreprises, alors ses constats méritent d'être lus d'ici.
Ce que la dépendance coûte vraiment
Ces coûts sont plus faciles à décrire qu'à chiffrer.
Le droit étranger suit l'entreprise, pas le serveur. C'est la partie que la plupart des gens connaissent déjà, et celle sur laquelle nous avons le plus écrit. Un fournisseur constitué aux États-Unis demeure généralement atteignable par le processus juridique américain, peu importe où se trouvent ses centres de données. Une région à Toronto n'y change rien. Pour une entreprise, c'est une question de conformité. Pour le secteur, ça veut dire que les règles qui encadrent l'essentiel de la pile s'écrivent dans un autre pays et peuvent changer au rythme de ce pays.
Le coût de départ fixe le vrai prix. La décision finale de la CMA a relevé les frais de sortie de données, les obstacles à l'interopérabilité et les conditions de licence des logiciels d'affaires de Microsoft dans le cloud comme les éléments qui restreignent le changement de fournisseur et l'usage de plusieurs fournisseurs à la fois. C'est la part de la dépendance qui n'apparaît jamais sur une page de tarification. Quand partir coûte cher, le prix affiché n'est pas le prix que vous payez réellement. Le verrouillage n'est pas propre aux fournisseurs étrangers, mais c'est lui qui rend l'exposition juridique durable. Si partir coûtait peu, héberger sous un droit étranger serait une décision à revoir chaque trimestre. Au prix actuel, c'est une position qu'on subit.
Les conditions s'améliorent quand quelqu'un a du poids, et ce quelqu'un n'a pas à être vous. En mars 2024, AWS a annoncé qu'elle renonçait aux frais de transfert de données sortantes pour les clients qui quittent AWS, un des frais de sortie que la CMA allait plus tard relever. AWS a appliqué le changement à ses clients partout dans le monde et l'a présenté comme un suivi de l'orientation fixée par le règlement européen sur les données. Ce règlement est entré en vigueur en janvier 2024 et en application en septembre 2025, et il encadre notamment le passage d'un fournisseur de services de traitement de données à un autre.
L'amélioration est réelle, elle a profité aux clients canadiens, et aucun Canadien n'y a contribué de près ou de loin. L'Europe a écrit une règle et les conditions ont bougé. Le Canada n'a ni règle équivalente ni poids équivalent, alors les conditions ne bougent chez nous que lorsqu'elles bougent ailleurs.
À quoi ressemblerait une couche canadienne en meilleure santé
Pas à un champion national. Un hyperscaleur canadien créé à coups de subventions reproduirait le même problème avec un autre drapeau dessus. La version utile est plus banale et plus atteignable.
- Plus d'une option crédible par couche. Calcul, stockage, DNS, courriel, paiements. Une couche avec un seul fournisseur canadien reste une dépendance, simplement plus proche.
- Des acheteurs qui achètent réellement. L'offre suit la demande. Une option canadienne qu'on demande sans jamais l'acheter ne reste pas longtemps sur le marché.
- La portabilité comme règle de conception. Conteneurs, bases de données standards, formats ouverts, configuration lisible. Une pile qu'on ne peut pas déplacer est un verrouillage, peu importe qui l'héberge.
- De l'argent public là où le privé n'ira pas. La Stratégie canadienne sur la capacité de calcul souveraine pour l'IA engage 2 milliards de dollars sur cinq ans à partir de 2024-2025 pour de la capacité de calcul au pays. La logique est bonne : bâtir la capacité là où le marché ne le fera pas, puis laisser les entreprises l'utiliser.
L'offre est aujourd'hui plus mince que la demande. En assemblant notre propre pile, nous avons buté sur de vraies lacunes, notamment du côté des paiements, et nous avons publié nos choix et nos compromis. Nous tenons aussi à jour un répertoire d'options canadiennes et non américaines par catégorie, ce qui est une contribution plus utile qu'une opinion de plus sur la souveraineté.
Les limites, honnêtement
Le Canada ne bâtira pas un substitut complet au cloud mondial, et il ne devrait pas essayer. La stratégie fédérale le dit elle-même : elle adopte pour l'infrastructure d'IA une approche « bâtir, partenariats, acheter », soit développer ici les capacités souveraines essentielles quand c'est possible, s'associer à des alliés de confiance ou acheter des solutions existantes quand c'est approprié. C'est une limite réaliste à se donner. L'autarcie logicielle serait coûteuse, lente, et pire pour les entreprises canadiennes que ce qu'elle remplacerait.
L'écosystème canadien de services gérés est plus petit, les ressources communautaires sont plus minces, et certains coûts unitaires sont plus élevés. Nous avons traité de la version pratique de ces limites dans notre guide sur la création d'un SaaS sur une infrastructure canadienne. Bien des équipes n'ont aucune obligation liée aux données ni préférence de juridiction. Pour elles, l'infrastructure américaine reste un choix par défaut raisonnable, et nous n'allons pas prétendre le contraire.
L'objectif, c'est le choix, pas l'autosuffisance. Un marché avec de vraies solutions de rechange discipline les fournisseurs en place même pour les acheteurs qui ne changent jamais, parce que la possibilité de partir est ce qui donne un contenu à une négociation. En ce moment, pour bien des équipes canadiennes, cette possibilité n'existe pas vraiment. Voilà l'exposition, et elle se corrige par des moyens commerciaux ordinaires plutôt que par quoi que ce soit de spectaculaire.
Où nous nous situons
MapleDeploy occupe une seule couche de tout ça. Nous exploitons Coolify géré, une plateforme de déploiement, sur des machines virtuelles (VM) dédiées à Toronto, avec une tarification en dollars canadiens. C'est un logiciel libre qui tourne sur un serveur standard, alors la porte de sortie est une migration ordinaire plutôt qu'une négociation avec nous. C'est délibéré. Un argument sur la dépendance ne vaut pas grand-chose venant d'un fournisseur qui rend le départ difficile.
Si la juridiction compte pour ce que vous bâtissez, notre page sur l'hébergement canadien donne les détails.
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